#expérimentations

Dans l’histoire du Lieu Commun Masaryk que nous sommes en train d’écrire, il y a, en toile de fond, la démarche « quartier inclusif” portée par le département de Seine-Saint-Denis, dans laquelle le territoire sevranais est fortement engagée, et qui corrobore la volonté du bailleur social Vilogia d’adresser les problématiques de vieillissement et d’autonomie dans ses résidences. 

Ces préoccupations communes ont trouvé un terrain d’entente et d’expérimentation dans la résidence Masaryk, et plus particulièrement dans ses anciens Locaux Collectifs Résidentiels dont la gestion est à réinterroger et à réinventer. En remportant l’appel à manifestation d’intérêt Tiers-lieux « Autonomie dans mon quartier » porté par le département, le bailleur porte l’ambition de faire des espaces vacants en rez-de-chaussée de la résidence Masaryk un lieu intergénérationnel, de lutte contre l’isolement, accessible à toutes et tous quelque soit son âge, son handicap, et son degré d’autonomie. Il soutient ainsi une politique publique et s’inscrit dans un réseau de 25 tiers-lieux qui proposeront des services pour tous les publics (professionnels, habitants) sur des questions liées à la perte d’autonomie (prévention, accessibilité…).

Pour nous aiguiller dans cette réflexion, Marie Venot, fondatrice de Villanthrope et ergothérapeute de profession, est venue animer un atelier sur l’accessibilité des activités pour tous auprès des partenaires du quartier.

Mais dans quelle société vivons-nous ? 

En guise d’introduction, Marie nous distribue des boutons … pourtant, pas d’atelier couture en ligne de mire mais une réflexion ludique sur l’organisation des groupes sociaux dans notre société. L’objectif est de faire appréhender aux participant.e.s la différence entre 3 modèles de société : la société exclusive, opposée à la société inclusive, celle-ci même que l’on confond parfois avec la société intégrative… 

  • Une société exclusive se caractérise par une forte homogénéité de ses habitants, et une ségrégation tant spatiale que sociale d’une autre communauté. 

  • Une société intégrative a élargi son cercle à l’accueil d’autres groupes, sans pour autant que ces derniers se mélangent et partagent plus que de simples rencontres. 

  • Une société inclusive est transformative, elle produit un nouveau système avec de nouvelles règles, de nouvelles envies : elle est l’œuvre des membres qui la composent. 

La société inclusive est donc un idéal vers lequel il faut tendre ! A l’échelle du tiers-lieu, le collectif a à cœur d’en faire un lieu où chacun.e, quelles que soient ses différences, pourra participer à l’ensemble des activités proposées. Marie est là pour donner du sens à l’accessibilité universelle et donner les clefs pour accueillir un public âgé et handicapé, en garantissant leur participation de. Vous le verrez, avec un peu de remue-méninge collectif et de compréhension des enjeux, nous pouvons toutes et tous trouver des solutions créatives sur le sujet !

Ayez le réflexe du pictogramme !

Il existe six types de handicaps définis en France, avec chacun un pictogramme. Ils indiquent aussi la présence de dispositifs spécifiques pour l’accès aux espaces, l’adaptation de la communication ou d’évènements.

Handicap moteur (incluant les personnes âgées en déambulateur)
Malentendance
Handicap visuel (malvoyance et non voyance)
Surdité
Déficience intellectuelle
Handicap psychique
Penser l’autonomie 

Les personnes âgées et/ou handicapées ne sont pas fragiles, mais fragilisées par la société” affirme Marie. Garantir leur participation, en veillant à ce qu’elles puissent conserver un fort degré d’autonomie est un facteur d’inclusivité. De plus, 10% de la population française est en situation de handicap, sans oublier que certains handicaps sont invisibles et sans compter les personnes âgées en situation de handicap (lié au vieillissement physiologique)… il est donc primordial d’adapter nos pratiques pour qu’il n’y ait pas d’obstacle à leur participation autonome.

L’accessibilité universelle, de quoi parle-t-on ? L’accessibilité universelle correspond à un environnement (physique et/ou humain), à une activité permettant un usage identique, autonome et simultané par tous les citoyen.nes, quelles que soient leurs différences.

Dans le cadre de cet atelier, les participant.es ont été répartis en trois groupes, chacun avec une activité à concevoir et à animer. Pour faciliter la réflexion collective sur les moyens à mettre en œuvre pour garantir l’accessibilité de l’activité à toutes et tous, 5 personnages fictifs ont accompagné l’après-midi.

  • Un atelier cuisine pour toutes et tous, dans une espace bien appréhendé (via des visites du lieu), permettant une évolution des participant.es en toute sécurité, et proposant des ustensils adaptés pouvant être maniés de manière autonome.     
  • Une épicerie sociale,solidaire, … et inclusive, où la déambulation est facilitée, le rayonnage agencé pour accueillir tous les publics.
  • Un petit-déjeuner vecteur de lien social, avec une communication détaillée et des informations précises, quelques trucs & astuces et termes de mobilier et d’accessoire, et des bénévoles sensibilisés pour accueillir au mieux les personnes en situation de handicap.
Après les boutons, quelques billes pour penser l’accessibilité : 

Pour clôturer l’après-midi, Marie nous a donné quelques ressources (souvent peu coûteuses) pour adapter des activités à un public varié, et permettre aux personnes âgées ou en situation de handicap d’être accueillies dans des conditions confortables ne les mettant pas en difficulté : 

  • Une boucle magnétique pour les personnes malentendantes
  • Interprétariat en langue des signes
  • Le guide “vivre ensemble avec ou sans handicap”
  • Penser aux pictogrammes pour indiquer de l’inclusivité d’évènements. 
  • Bien communiquer : avec lieu, horaire, et moyen d’accès à des évènements. 
  • Prendre le réflexe de sous-titrer les vidéos.
  • Revoir la taille/hauteur des guichets d’accueil
  • Prendre en compte l’aire de giration d’un fauteuil dans l’espace
  • Proposer des livres audio ou gros caractères comme alternatives aux livres classiques.

 

Ce que l’on en retient 

 

C’est assez facile de se penser inclusif.ve, mais dans les faits, sans une sensibilisation aux enjeux liés aux handicaps et à l’accessibilité, difficile d’appréhender complètement cette question de l’autonomie. Être inclusif n’est pas qu’une posture : cela se pense, demande des petits efforts et réflexes, mais toute activité peut être adaptée pour les personnes âgées et les personnes handicapées. 

Parmi les 3 activités que nous avons explorées collectivement lors de cet atelier avec Marie, nous avons dégagé des enjeux communs à différents handicaps : pouvoir se mouvoir, être dans un environnement rassurant, avoir à disposition des objets et du matériel adapté pour ne pas être dépendant d’un.e aidant.e. Et puis, sensibiliser et former à ce sujet de l’accessibilité universelle, trop facilement limité à des normes PMR peu exhaustives et inclusives.

De notre côté, cet atelier a fait germer tout un tas d’interrogations qu’il s’agira d’adresser collectivement : comment faire dialoguer différentes politiques publiques présentes au sein du tiers-lieu : alimentation et inclusion pour ne citer qu’un exemple ? Et comment donner écho à l’inclusion dans les différentes activités proposées ? L’inclusion peut-il devenir un fil rouge qui nourrit de possibles collaborations ? L’autonomie et l’inclusion sont-elles des communs ? Comment cela se traduira-t-il dans la vision commune et dans la gouvernance du lieu ? Quelles répercussions pour l’action publique, nous pensons notamment à l’épicerie sociale et solidaire portée par le CCAS de Sevran et intégrée au sein du tiers-lieu ? Ces enjeux seront abordés dans les prochains ateliers collectifs qui auront lieu à partir de septembre. Il y a du pain sur la planche !

 

C’est une petite gazette, nommée La bonne nouvelle du lieu commun Masaryk. Nous pourrions la classer dans l’arte povera ou dans les fanzines de par sa simplicité et son faible coût. Elle est destinée aux acteurs intéressés de près ou de loin au projet de tiers-lieu, soit parce qu’ils vont organiser des activités en son sein et dans ce cas cet outil remet du commun, du partage au sein du groupe qui travaille à la conception de ce lieu, soit pour être informé de l’avancée du projet (par exemple auprès des élu.es ou des habitants).
La gazette « La bonne nouvelle du lieu commun Masaryk » prend la forme de deux A4 pliés en deux (soit 8 pages) et envoyée par mail aux élu.es et aux acteurs du projet (que l’on pourrait nommer les Commoners) et distribuée dans les boites à lettres des habitants de la résidence sociale via l’agence de secteur de Tremblay qui la remettra au gardien de la résidence. 

Cet outil conçu par la 27è Région, a vocation à être repris par les acteurs du futur tiers-lieu. Aujourd’hui, le bailleur social  Se posera alors la question de savoir qui aura la charge de la communication du lieu. Avec quelle autonomie et quelle organisation ? 

Le sujet de la communication n’est pas une petite affaire. Dans certains tiers-lieux ou communs, une instance spécifique s’occupe de cette question et peut s’inscrire dans une des fonctions de la gouvernance parmi lesquelles on trouve la réflexion, l’orientation (la stratégie), la décision, la délégation, l’évaluation.

Depuis quelques mois maintenant, nous faisons le pari – avec nos partenaires Vilogia, la Ville de Sevran et CDC Habitat – que la réponse la plus adaptée au Local Collectif Résidentiel de la résidence Masaryk à Sevran sera la gestion en commun de cette ressource qu’est le futur tiers-lieu orienté vers l’inclusion et l’autonomie.

Une gestion partagée entre une communauté d’acteurs – publics, associatifs, privés, habitant.e.s – réunis autour de la conviction que le collectif est un levier pertinent pour repenser nos manières de faire société et d’animer durablement un lieu. C’est vers ce nouveau modèle d’organisation et de coopération que l’on souhaite tendre, et vers lequel notre expérimentation nous conduira, on l’espère.

Parfois, la communauté d’acteurs est préexistante et dessine par sa dynamique ce qui constitue le commun. Dans d’autres cas – et c’est notre cas ici à Sevran – il faut partir de zéro et oser rêver à ce futur commun.

Sans prétendre décrire  une méthodologie exhaustive ou prête à l’emploi, nous vous partageons les débuts de notre aventure, les outils que nous avons utilisés, les premiers enseignements que nous tirons de cette expérimentation, et les ingrédients qui nous paraissent nécessaires, dans le contexte qui est le nôtre, pour permettre à la communauté d’émerger.

Rien ne sert de courir, il faut savoir partir à point…

Et oui, une communauté, ça ne se crée pas en un claquement de doigts. C’est un travail de long cours, peut-être jamais achevé d’ailleurs, en perpétuelle construction. 

Il faut laisser le temps aux individus de tisser des liens solides. Alors nous, à La 27e région, pour faciliter la démarche sans l’imposer, nous pouvons simplement offrir un cadre favorable à l’épanouissement des affinités et inviter à rêver en commun. 

Après avoir rencontré individuellement les futurs acteurs du lieu, nous les avons réunis autour d’ateliers collectifs. 

Nous avons dédié le premier atelier à l’interconnaissance. Après un petit rappel de l’objectif de l’atelier et du projet dans son ensemble, nous avons constitué des binômes (qui devaient se retrouver en emboitant 2 pièces de puzzle), offrant ainsi un cadre plus intime de discussion, et moins impressionnant pour les plus timides d’entre nous. Après 15min d’échange personnalisé, chacun faisait la présentation de son binôme et exposait ses motivations et envies. Et pour ne pas laisser s’échapper dans les airs ces envies si précieuses, nous les avons inscrites dans une grande marmite dont elles constituaient les ingrédients indispensables à la réussite de notre recette de bien commun. 

Avez-vous lu dans votre tendre enfance La soupe au caillou ? (Sinon, il n’est jamais trop tard, faites-en votre prochain livre de chevet ou improvisez une séance visionnage avec ou sans vos enfants). 

Et toi, tu penses à quoi quand on te parle de vie en collectivité ? On a tous vécu des petites expériences qui nous font adorer (ou parfois moins) la vie avec les autres. De votre coloc qui ne fait jamais le ménage à de très beaux moments de vie en famille ou entre amis, parfois il suffit de petits détails pour rendre une situation mal embarquée un peu plus sympathique. Alors pour poursuivre le premier atelier, nous avons fait deux groupes et invité les participant.e.s à partager des anecdotes de vie collective. Au-delà de permettre aux acteurs de mettre des mots sur des principes clefs de coopération comme l’organisation, la communication, l’existence de règles collectives, nous avons passé un bon moment de partage, ponctué de rires bienveillants. 

Truc et astuce : n’hésitez pas à prévoir un espace buvette, et ne pas sous-estimer les échanges informels qui se créent autour d’un café. 

Pour clôturer le premier atelier, nous sommes allés visiter le futur lieu commun de la résidence Masaryk … enfin, voir à quoi cela ressemble actuellement avant les travaux. Car pour l’instant, pas facile de se projeter (pour l’instant ce sont d’anciennes caves actuellement murées). Mais cette visite collective – sous un beau soleil d’octobre – a facilité des discussions spontanées, et en a fait sourire plus d’un par notre exploration dans la pénombre des caves, armés de nos portables comme lampe torche. 

Lors du deuxième atelier, des nouvelles têtes nous ont rejoint, alors on ne néglige pas un nouveau tour de table pour que chacun puisse se présenter et présenter sa structure. 

Agir collectif, élémentaire mon cher Watson !

Alors que chemin faisant, au gré des rencontres, les premiers liens d’une communauté d’acteurs sont en train de se tisser, nous essayons de faire émerger des pratiques de gouvernance partagée et de gestion en commun au fil de l’eau, afin de commencer à réfléchir à certains mécanismes fondamentaux de la coopération. 

Grand plongeon dans les eaux de la prise de décision en collectif lors du deuxième atelier. Pour cela on enfile les brassards décomplexants que sont l’amusement et le jeu, et on démarre par un brise-glace (une technique d’animation qui permet de mettre le groupe à l’aise grâce à un petit jeu ou une mise en situation). Projetés dans une situation fictive de fin du monde, les groupes devaient décider collectivement qui, parmi une vingtaine de personnages atypiques, méritaient d’être sauvés. Il n’a pas toujours été simple de se mettre d’accord, surtout dans un temps imparti. La restitution a montré que l’île isolée avait plutôt l’air d’un archipel … mais au fond, peu importe la composition de l’île, ni que tous les groupes n’aient pas les mêmes. Se sont esquissées différentes modalités de prise de décisions en collectif : débats, votes, consentement pour arbitrer les propositions divergentes, discussions sur le fond et recherche de cohérence de peuplement de l’île (en termes de parité, d’âges, d’utilité et de diversité). Une belle approche pour réfléchir plus globalement sur la prise de décision en commun, en donnant de l’importance à l’opinion de chacun. 

Rêver collectif, tout aussi élémentaire mon cher Watson ! Nous sommes repartis des futurs usages et activités projetés dans le lieu lors de la phase d’enquête pour débrider les imaginations et inventer des activités à tester dès l’année 2022, avant même la livraison du lieu commun. Les participant.e.s étaient réparti.e.s en 3 groupes avec des « fiches activités » à remplir et quelques impératifs tels que l’implication des habitant.e.s, ou la définition d’une temporalité. Avec les envies et aspirations de chacun.e, une belle panoplie d’activités s’est constituée. Certaines ont été discutées collectivement, d’autres fusionnées. C’était foisonnant ! 

Chaque participant.e était ensuite invité.e à prendre du recul sur les diverses propositions, et se positionner s’il ou elle le souhaitait selon 3 niveaux d’implication : j’organise, je donne un coup de main, ou je participe. La 27e Régione a ajouté son grain de sel en donnant la contrainte que chaque activité soit portée par au moins 2 organisatrices ou organisateurs de structures différentes (le travail collectif est un excellent exhausteur de goût !). 

Finalement, ce sont 10 activités qui ont émergé et seront travaillées pour être testées en 2022. De belles perspectives pour le collectif.

Mettre en place des vecteurs de communication

La 27e région a souhaité au plus vite ouvrir la possibilité aux futurs acteurs du lieu d’échanger de manière plus spontanée et simplifiée. Pour l’instant, comme ce sont encore les débuts, on essaie d’alimenter la dynamique, et on veille à communiquer aux différents partenaires et parties prenantes les étapes du projets, en rappelant que ce dernier est ouvert au quidam intéressé. 

En interne au collectif, nous utilisons à la fois une liste de diffusion par mail (le moyen le plus inclusif) et un groupe whatsapp, qui a l’avantage de donner un peu plus de matérialité au groupe et permet aux acteurs d’échanger plus aisément et sur un ton plus convivial. Le groupe whatsapp comporte l’inconvénient d’être un peu plus intrusif que le mail. Tout comme une communauté dispose de ses propres règles, peut-être faudra-il décider collectivement des règles d’utilisation de ce média de communication. 

Après chaque atelier, la 27e région propose aussi une feuille de chou qui revient sur ce qui a été fait lors de l’atelier précédent. C’est une gazette que nous appelons « La bonne nouvelle du Lieu commun Masaryk ». C’est aussi un outil de diffusion, car nous la transmettons aux habitant.e.s de la résidence Masaryk. Ils peuvent y retrouver une adresse mail où nous contacter pour celles et ceux dont la curiosité aurait été aiguisée.

Établir une correspondance avec les habiatnt.es de la résidence sociale Masaryk- Visuel d'une carte postale, La 27e Région

Recits sonores

Comment imaginer un modèle d’organisation et de gestion collectives propre à un lieu, valorisant la coopération et la notion d’un commun, tout en donnant un nouveau rôle à l’acteur public ? Comment cela se traduit-il en termes d’équipe, de modalités de prise de décision, de programmation co-construite, de gestion et de fonctionnement quotidien ? Comment cela impacte-t-il l’administration, et comment cela transforme-t-il l’action publique (ses pratiques, ses outils, ses modes d’action) ? 

C’est le chantier que nous ouvrons avec Lieu Commun Masaryk. L’objectif est de co-construire et tester pendant 18 mois des activités et des formes nouvelles de partenariats, en impliquant les habitant.e.s pour mieux cibler leurs besoins, mais aussi les associations, des entrepreneurs locaux, les services et les élu.e.s de la Ville ainsi que les bailleurs sociaux, afin de relever ensemble le défi de la gestion et de l’animation des locaux collectifs résidentiels*, et voir quels enseignements transformateurs nous pouvons en tirer pour réinventer les politiques publiques. 

* locaux à usage collectif, souvent situés en rez de chaussée de résidences sociales, et destinés en priorité aux habitant.e.s du quartier

Co-construire l’enquête territoriale

En mai 2021, avant de partir à la rencontre des personnes qui pourraient constituer notre future communauté d’usager.e.s et gestionnaires du tiers-lieu, nous avons rencontré les élu.e.s de Sevran ainsi que les membres de ce que l’on appelle l’équipe cœur (les porteurs du projet Lieu Commun Masaryk : Vilogia, la Ville de Sevran, CDC Habitat), afin de poser le cadre du projet et de comprendre les attentes de chacun.

Les élu.e.s nous ont partagé leurs ressentis vis à vis des locaux collectifs résidentiels, et leur vision idéale d’une collaboration entre l’acteur public et les personnes et structures qui gèreront le futur lieu. L’atelier avec l’équipe cœur a permis à chacun d’exprimer ses attentes sur le projet, à titre personnel et pour sa structure, mais aussi pour le lieu et la dynamique du quartier. Afin d’inviter les acteurs à se projeter dans une vision positive du projet et de son fonctionnement, nous avions créé des récits audios (à écouter dans la colonne de gauche), projetant des personnages fictifs dans le quotidien du futur lieu. En plus d’ouvrir les imaginaires, ces récits ont permis de lever certains a priori et de dépasser les premières craintes exprimées. 

Un panorama des acteurs à aller interroger, susceptibles d’être réceptifs ou intéressés par le projet est alors dressé, et une cartographie collectivement élaborée. Des binômes inter-organisations sont constitués pour aller enquêter auprès des forces vives identifiées sur le terrain.  

A la rencontre des acteurs du territoire

Vous le verrez, on utilise beaucoup l’image de la soupe au caillou pour ce projet de lieu commun. En effet, à ce stade d’exploration du territoire et de mobilisation des acteurs, nous nous représentons le projet comme une grande marmite où les personnes ou structures identifiées (élu.e.s, directeur de la vie associative, associations, entrepreneurs, porteurs de projets…) viennent ajouter leurs ingrédients (les usages qui leurs tiennent à cœur) et constituer la recette de cette soupe parfaite ! La richesse de ces temps d’échanges a amené certains acteurs à nous guider vers d’autres personnes, qui avaient elles aussi un ingrédient particulier et singulier à apporter. Ces rencontres avaient pour toile de fond une grille d’entretien semi-directif, mais davantage qu’un respect stricto-sensu de l’ordre des questions et de leur formulation, ces dernières étaient avant tout un outil pour échanger, faire connaissance et commencer à amener le sujet de la gestion partagée. On vous donne un aperçu des lignes directrices de ces entretiens ci-dessous :

ZOOM sur la grille d’entretien

  1. Qui êtes-vous ? (présentation de l’organisme, petit historique) – Que faites-vous (vos actions) ?
  2. Quel regard portez-vous sur le quartier Montceleux ? Qu’est-ce qui vous plaît dans ce quartier ? Ses atouts / particularités / sa valeur ajoutée ? Dynamique habitante / dynamique collective / Initiative habitante. Quelles activités projetez-vous ?
  3. Comment coopérez-vous aujourd’hui avec les autres acteurs du quartier ?
    > acteurs publics (mairie, bailleurs, mission locale, CCAS, centre social, etc.),
    > associatifs
    > autres habitants
    > éventuellement économiques ?

Quelle est la nature des liens avec ces acteurs (liens foncier/immobilier, mise à disposition de locaux, relation financière, relation contractuelle avec l’acteur public, ressources humaines, budget commun, soutien logistique, bénéficiaires…) ?

Avec lesquels de ces acteurs entretenez-vous des relations privilégiées et sur quels sujets/thématiques ?

Qu’est-ce qui fonctionne dans vos relations avec les autres acteurs (publics, associatifs, économiques, autres habitants) ? Qu’est-ce qui, au contraire, ne fonctionne pas ? Quelle serait votre vision d’une coopération idéale avec ces acteurs ?

De quoi auriez-vous envie / besoin (pour votre structure et pour le quartier) ?

Quelles seraient vos envies, attentes et besoins concernant le futur lieu partagé au sein de la résidence Masaryk ? Est-ce que vous vous projetez avec d’autres acteurs dans un espace partagé géré collectivement ? (évoquer la gouvernance partagée)

Remarques de vocabulaire 
Plutôt utiliser le terme de lien / relation avec les autres acteurs que le terme de coopération . Plutôt parler d’un lieu commun / d’un lieu partagé et géré collectivement plutôt que tiers-lieu.

Cartographie des acteurs rencontrés, La 27e Région

En parallèle de ces rencontres, nous avons pris le temps de nous documenter, d’aller voir ce qui se fait ailleurs d’inspirant. Un travail de projection est nécessaire pour éveiller les imaginaires, et invite à se poser des questions concrètes : Quelles sont les possibilités pour l’articulation des usages ? Qui aura la clé ? Quelles pourraient être les instances et les modalités de prises de décisions ? Ces questionnements, il s’agira de les faire atterrir lors des expérimentations afin d’établir les réponses les plus appropriées au contexte du lieu commun Masaryk et de son vivier d’acteurs.

Si cette phase d’exploration marque le début du projet de Lieu Commun à Sevran, il est à noter qu’un groupe d’étudiant.e.s avait déjà préparé le terrain lors d’une immersion d’un mois dans la résidence sur le thème de l’autonomie des personnes âgées. Les enjeux ne sont pas tout à fait les mêmes, mais les relations que les étudiant.e.s ont établies avec certains habitant.e.s ont permis d’introduire plus facilement le projet du futur lieu collectif au rez-de-chaussée.

Le début d’une correspondance avec les habitant.e.s

Comment embarquer les habitant.e.s de Masaryk dans ce nouveau chapitre que nous voulons écrire ? Le lieu commun en rez-de-chaussée de la résidence aura un impact direct sur leur cadre de vie, et il va de soi qu’ils ont toute leur place dans le projet. Mais comment partager cette vision d’un lieu géré en collectif alors même qu’il ne s’agit justement que d’une vision, que les travaux n’ont pas commencé, que ce lieu n’a pas d’existence concrète, mais qu’au contraire, le passé est encore bien présent dans les esprits et rappelle des heures pas toujours joyeuses à ceux qui l’ont vécu (quand ces espaces étaient appropriés par des trafiquants de drogue au désarroi des habitant.e.s) ? Comment, en partant de cet héritage, ouvrir collectivement des perspectives et un nouveau chapitre pour un environnement apaisé et convivial ? Ces questions nous nous les sommes posées, et allons tâcher d’y répondre ensemble dans les mois qui viennent.

Pour embarquer les habitant.e.s, nous leur avons écrit. Pas une bouteille à la mer, mais une carte postale qui se veut le début d’une correspondance, d’un échange, pas forcément tout de suite, mais qui fera peut-être du chemin chez celles et ceux dont la curiosité sera titillée par ce geste d’invitation. Cette carte informait les habitant.e.s de notre présence lors de la réunion publique sur les travaux de réhabilitation programmée début octobre : une bonne manière de faire connaissance, d’en apprendre un peu plus sur le projet et de recueillir des envies.

Après plusieurs semaines de rencontres riches avec les acteurs du territoire, nous avons ainsi clôturé la phase d’exploration et d’enquête par une rencontre lors de la réunion publique organisée par le bailleur Vilogia.

Nous avons partagé les résultats de l’enquête aux habitants et aux acteurs présents sous la forme de poster (un “accrochage” dans le jargon de La 27e Région). Même si le travail avait commencé, l’enjeu était de montrer que tout reste à construire ensemble et que rien n’est figé : la typologie des espaces est indicative et sert de support à la projection et l’imagination, la cartographie des acteurs est mouvante. Et une question à la clef : Et vous ? Qui veut rejoindre le projet ? Avec quelles envies ? Les personnes intéressées étaient invitées à venir coller un post-it avec leur nom, un usage/une activité souhaitée ou proposée, une volonté de s’engager. On récolte les adresses mails, dans la perspective du premier atelier d’interconnaissance quelques semaines plus tard. 

Ainsi, début octobre, les contours d’un collectif réunissant habitant.e.s, bailleurs, élu.e.s, agents de la ville, associations, entrepreneurs, commençait à se dessiner. Certains avec des projets, d’autres avec des idées ou des “simples” motivations, mais tous avec l’envie de voir émerger ce lieu par la collaboration entre acteurs.

Il nous reste à imaginer et tester, ensemble, comment co-gérer un lieu et articuler les aspirations de chacun.e.s … Sacré chantier ! Allez, on retrousse nos manches : les prochains mois seront ponctués de temps de travail collectifs et d’expérimentations pour envisager et construire les différentes possibilités qui s’offrent au lieu commun Masaryk. Affaire à suivre !

Les résidences sociales des QPV, généralement construites dans les années 1960-70, intègrent pour la plupart des locaux collectifs résidentiels (LCR). Ces « mètres carrés sociaux », calculés en ratio par logement, sont créés pour accueillir des services et activités pour les habitants et notamment pour les jeunes . Une circulaire de 1965 prévoit 3 types d’utilisations possibles :
– « liées au logement » : ateliers de bricolage, buanderie, coopérative d’achat, téléphone
– « collectives » : pour les réunions de jeunes et d’adultes
– « collectives spécialisées » : pour les ateliers clubs.

Pourquoi aujourd’hui réinventer ces espaces et leur gestion ?

En pratique, la gestion de ces locaux est souvent problématique. Parfois confiés à des associations locales peu structurées qui peinent à développer des activités régulières et ouvertes à l’ensemble des habitants, ces locaux sont trop souvent fermés ou mal gérés.

Cette situation est d’autant plus problématique que les besoins sont croissants, dans le contexte de précarisation et de vieillissement de la population de ces quartiers, alors même que les pouvoirs publics peinent à répondre à ces besoins . De même, l’absence d’animation en rez-de-chaussée facilite l’installation d’activités illicites apportant des nuisances importantes (trafic de drogue).

La récente crise sanitaire et la crise économique associée montrent aussi la forte vulnérabilité des populations habitant en QPV et la nécessité de créer des lieux de convivialité, de service et d’accueil des publics. De même, le développement de l’habitat inclusif, nouvelle solution d’intégration sociale des personnes porteuses de handicap ou dépendantes, induit aussi de nouveaux besoins de mise à disposition d’espaces communs pour les habitants et pour des services médico-sociaux. L’enjeu est d’autant plus important qu’il est créateur d’emploi, et donc particulièrement sensible dans ces quartiers.

Les prérequis incontournables pour activer ces espaces : inclusion et innovation sociale et économique

Inclusion sociale : il est essentiel de mixer les publics au sein de ces espaces. D’une part, les besoins des personnes concernées par les problématiques de handicap et de dépendance sont prioritaires et vont aller croissants dans les prochaines années, notamment avec le développement de l’habitat inclusif. D’autre part, ces lieux collectifs doivent être ouverts à tous, les besoins étant importants pour l’ensemble de la population, notamment les jeunes. De plus, l’objectif est aussi de développer des logiques de solidarité et d’interconnaissance entre les différents publics.

Innovation sociale et économique : au vu des défis de gestion, il est nécessaire d’inventer des nouveaux modes de coopération entre institutions, habitants et associations. Il s’agit de créer des nouveaux modèles qui permettent les synergies nécessaires à leur appropriation et à leur pérennité, notamment sur le plan financier.

Les réhabilitations dans le cadre du NPNRU : une opportunité pour inventer et répliquer

De nombreuses réhabilitations de résidences sociales sont prévues dans le cadre du projet de renouvellement urbain de Sevran. Tout particulièrement, la résidence Mazaryk, gérée par Vilogia (290 logements), va faire l’objet d’une réhabilitation ambitieuse, qui prévoit notamment d’activer les rez-de-chaussée, actuellement murés.

Ce sont près de 1 600 m² qui seront recréés. Il est aujourd’hui envisagé de créer des logements inclusifs, qui pourront bénéficier de la situation en rez-de-chaussée et de jardins. Pour répondre au mieux aux besoins de ces ménages et de l’ensemble des habitants, des locaux collectifs résidentiels d’environ 500 m² seront créés pour accueillir des activités, selon un modèle qui reste à inventer.

Cette réflexion de reconquête des LCR peut aussi porter sur d’autres résidences, comme La Roseraie (Vilogia), au sein de laquelle les locaux sont de taille plus réduite (environ 60m²). Plus généralement, le NPNRU prévoit la réhabilitation de plus de 130 000 logements, ce qui constitue un potentiel majeur de réplication de la démarche sur d’autres résidences confrontées à des problématiques similaires.

Un article rédigé par Raphaël Frétigny, chef de projets, Vilogia.